Kjeragbolten fait partie du combo des randonnées les plus touristiques de Norvège. On pourrait croire qu’elle n’en vaut pas le coup et se dire que ce n’est qu’un caillou coincé entre deux falaises. Mais Kjeragbolten, c’est d’abord le sommet Kjerag qui s’élève à presque 1000 mètres au dessus du fjord.

C’est aussi une vue au sommet qui se mérite : 11km, 800m de dénivelé positif réalisé en moyenne entre 6 heures. Jugée comme étant difficile, Kjerag est une randonnée qui réclame de la force, de l’endurance et pas mal d’aisance sur ses appuis.

Dans cet article, je te partage le récit de cette randonnée, comment je l’ai vécue, je te partages mes conseils (notamment météo) et les plus belles photos de cette expérience unique. Tu retrouveras toutes les infos importantes en bas de page : parking, météo, tips, comment s’habiller ?


Mauvaises conditions météo pour Kjerag

31 mai 2022.

La météo en norvège est exactement comme on l’imaginait : capricieuse. Après quelques jours de temps nuageux, nous arrivons dans la région du Lysebotn pour faire notre première randonnée : Kjerag. Je retiendrais de mes recherches sur cette rando qu’il ne faut pas la faire par temps de pluie : terrain très glissant et aucune visibilité sur le fjord. Le problème c’est que Yr, l’appli ultime pour surveiller la météo en Scandinavie, m’indique de la pluie cette nuit, du brouillard demain et de nouveau de la pluie pour les 5 jours suivants.

A force de chercher des informations sur Kjerag, j’ai trouvé cette page Facebook : Kjerag tourist information, tenue par l’employé du parking. Chaque matin, à 6h, il propose un bulletin météo et conseille ou déconseille de grimper au sommet. Je lui envoie un petit message pour avoir son avis sur la météo annoncée par Yr. Il me répond qu’a priori, ce ne seront que des nuages annoncés demain et pense que l’on pourra monter tranquillement.

Avec Arnaud nous ne sommes pas tous seuls pour réaliser cette rando. Depuis quelques jours nous voyageons avec Claire, Maxime et leur chien Pumba (@maximhum), rencontrés en Suède, ainsi que Lucie et Flo (@asoulvanlife) , rencontrés au Danemark. Pour compléter la petite bande, Geoffroy nous a suivi après s’être rencontrés sur une aire de repos. 

Nous décidons de dormir tous ensemble à quelques kilomètres du point de départ, entourés de neige et de brouillard qui s’épaissit rapidement. Le rendez-vous est donné pour demain matin 6h15, le temps d’avoir le bulletin météo et de se décider ensuite pour la rando. 

1er juin 2022, 4h30, le réveil sonne.

J’entrouve le volet du van et aperçois un ciel bien couvert. Chacun se prépare silencieusement.

Je reçois un petit message vers 6h de l’employé du parking qui me dit : « Vous aviez peut-être raison hier, cela ressemble plutôt à un jour de brouillard que de simples nuages ». Ok. Il publie son bilan quotidien indiquant que le terrain était humide mais praticable si bien équipé, et que la brume pouvait peut-être laisser place à un peu de soleil par moments. On rejoins les copains dehors pour discuter. Nous sommes tous hésitants mais si ce n’est pas aujourd’hui, ce ne sera pas avant la semaine prochaine. 

Nous descendons à deux vans sur le parking pour limiter les frais et laissons les deux autres sur le spot. Sur le parking, Lucie rencontre l’employé et lui demande en anglais si la rando est dangereuse aujourd’hui, surtout avec cette météo. Je ne m’attendais pas à une si belle réponse de sa part. « Life is dangerous ! » dit-il en riant. Je ris, un petit peu jaune et c’est ainsi que nous attaquons la randonnée. 


Première montée en direction de Kjerag

Avant d’attaquer la montée tant redoutée, nous avons une centaine de mètre sur du plat pour s’échauffer. 

La brume cache le paysage. Je me dit que c’est mieux comme ça et que cela m’empêche de paniquer en voyant ce qui m’attend. On nous avait prévenu que la roche serait glissante mais je n’imaginais pas que je galèrerai autant. 

L’ascension jusqu’à Kjerag se divise en trois grosses montées impliquant de faire 200 mètres de dénivelé sur moins d’un kilomètre. La première montée est la plus exigeante. Une fois celle-ci passée, le reste de la randonnée est « moins compliquée ».

Tu t’en doutes bien, nous n’avons pas fait de photos durant la montée mais seulement au retour. Ceci explique qu’il y ai moins de brouillard.

Jusqu’à Little Stordalen (1,5km)

Pour s’aider et ne pas se perdre, des chaines sont installées sur la première partie du sentier. Instinctivement, je m’y accroche pour monter. Sous mes pieds, l’eau ruisselle sur de la roche presque lisse. Je sens déjà que ça va être très compliqué. Et on a fait 800 mètres à peine. Lucie abandonne le groupe, ne se sentant pas de monter plus haut et retourne au van. Flo l’accompagne pour ne pas la laisser redescendre seule. Je viens de laisser passer ma seule possibilité d’arrêter la rando. 

Il fait 4 degrés ici, mes gants sont déjà trempés à force d’accrocher les chaines humides, le reste du groupe a beaucoup moins d’appréhension que moi sur ce type de terrain et avancent tellement vite que je ne les vois presque plus. Très rapidement je pète un câble et hurle à Arnaud : « Si tu ne m’attends pas, je te déshérite ! » (Notes l’absurdité de ma phrase car j’ai tout juste assez d’économie pour finir mon tour du monde…). 

Le brouillard persiste, on ne voit pas plus loin que 50 mètres. Impossible de distinguer ce qui m’attend ni si plus bas c’est le vide ou le parking. Je craque et fonds en larme. La panique m’envahit mais la colère aussi. Pourquoi je n’y arrive pas aussi bien que les autres ? Je refuse de faillir à la première randonnée en Norvège et m’accroche. Maxime remarque que le brouillard s’estompe un peu et nous laisse entrevoir un chemin moins lisse avec de nombreuses petites failles dans la roche. Je lâche la chaine et décide de suivre mon instinct là où j’ai plus d’accroche au sol.

Le problème ne vient pas de mes chaussures qui sont parfaitement adaptées à ce terrain. Flo monte avec aisance en petites chaussures à semelle lisse. Non, le problème c’est que j’ai peur de tomber. 

Jusqu’à Stordalen (3km)

Après une petite accalmie où je continue de monter tranquillement, la suite se transforme presque en parcours d’escalade. Je craque encore, mais continue d’avancer. Les larmes rendent ma vision toute floue mais je décide de réussir coûte que coûte. L’appréhension du sol et le manque de confiance en mes appuis me ralentit beaucoup. Les autres sont plus loin devant.

Après seulement 3km, j’arrive enfin au bout de la seconde montée de Kjerag. S’ensuit une petite descente avec quelques marches nous laissant imaginatif du paysage. Je ne le savais pas à ce moment-là, mais au retour la brume se sera évaporée nous permettant d’admirer la vue. 

Une fois arrivée au petit lac, j’aperçois la montée suivante : un long escalier, une trace dans la neige visiblement à escalader vu la pente, et enfin une autre montée sur la roche avec des chaînes. J’ai envie de m’évanouir à la vue de ce qui m’attend mais je me répète : petit pas après petit pas. Je ne pense même pas au moment où il faudra tout redescendre ! 

Dernière montée avant Kjerag

Je finis de monter les escaliers et puis tout à coup, je tombe nez à nez avec un mur de neige. Un mur de neige. Je dois escalader environ 10 mètres de haut, sur une pente presque verticale, en priant pour que les empreintes de pas faites pas les précédents randonneurs ne cèdent pas sous mes pieds. Mon cerveau est débranché, j’avance en pilote automatique. Sauf que je me retrouve bloquée au milieu du mur, ne trouvant pas mon prochain appui. Je craque de nouveau, pleine de rage. Je frappe la neige de colère pour me décharger et je reprend ensuite le courage de continuer. De toute manière je n’ai pas d’autre choix !

Après le mur de neige, me voilà de nouveau face à la roche. Cette partie se déroule un peu mieux. Maxime ouvre une voie plus éloignée des chaînes au travers des failles dans la roche et de la rare végétation. Cela me permet d’avoir plus d’assurance sur mes appuis. Arnaud reste derrière moi. 

L’enfer n’est toujours pas fini pour autant, il reste une dernière étape à escalader. Je prend les appuis sur un petit bout de roche, m’accroche à des pointes de cailloux en n’espérant qu’ils ne cèdent pas. Sous mes pieds, je ne distingue que le brouillard. Épuisée je traîne mes jambes le long de la roche pour les remonter et met toutes mes forces dans les bras pour m’aider. Les 6 kilos d’équipement sur mon dos ne m’aident pas. 

Kjerag, le sommet à 1020m

Après 3h de souffrance, j’en ai fini avec le dénivelé et je suis enfin arrivée à Kjerag. Mais ce n’est pas encore fini. Il me reste à redescendre presque 2km sur de la roche assez plate et de nombreux passages dans la neige mais rien de compliqué après ce que l’on a traversé.

Cette dernière partie est beaucoup plus facile, il suffit de bien suivre les T rouge indiquant le sentier. Après une dernière descente dans la neige et 3h40 de galère, nous voilà à Kjeragbolten.


Kjeragbolten, le point de vue

Kjeragbolten, je t’ai mérité.

Après un rapide coup d’oeil à ce fameux caillou, je m’attarde sur la vue. Je m’y attendait, le brouillard masque la totalité du paysage. On distingue à peine le bord de falaise. Tout le reste n’est que brume. Cette dernière bouge tellement vite que l’on arrive par moment à distinguer les falaises sur notre gauche.

Pour ne pas me gâcher la surprise en Norvège, j’ai regardé le minimum de photos. Je n’avais donc aucune idée de la beauté du fjord caché 1000m plus bas.

On fait quelques photos, on mange notre pique-nique et j’en profite pour jeter un coup d’oeil sur la météo. Yr nous annonce quelques éclaircies entre 12 et 13h. Il est actuellement 11h, nous décidons d’attendre un peu. Avec Claire et Pumba, nous improvisons une micro-sieste à même le sol, le réveil à 4h30 se fait sentir. Nous n’avons pas très froid ici, j’ai terminé l’ascension en tee-shirt tellement j’avais chaud en montant. Ma doudoune ne m’a été d’aucune utilité, mes bâtons non plus.

Malgré la météo capricieuse et le fait que nous soyons que le 1er juin, il y a une quarantaine de randonneurs par moment sur le sommet. 

La brume joue à cache cache et nous laisse par moment entre apercevoir les montagnes en face, puis une cascade puis plus rien. Les garçons décident de monter sur Kjeragbolten pour faire LA photo. Ils ne sont pas très sereins. Le cailloux fait 9m cube et la roche est humide rendant le saut entre la falaise et le caillou dangereuse. Un guide assure les autres randonneurs avec une corde et un baudrier. 

Après une petite heure, la brume s’évapore peu à peu et nous laisse voir les forêts en face, puis un tout petit peu d’eau. Enfin nous avons une magnifique vue sur le fjord en dessous. On découvre alors l’eau, le village en contre bas, la sensation de vertige est encore plus forte. En quelques minutes seulement, la brume cache de nouveau ce magnifique cadeau et nous décidons de repartir. 


Retour au parking de Kjerag

Le chemin du retour me semble bien différent. La brume s’est complètement évaporée sur le sommet Kjerag. Le soleil est même présent ! On comprend alors seulement maintenant que le long de la randonnée on longe le fjord. La descente est bien plus facile que l’aller, la roche a eu le temps de sécher, l’absence de brume m’offre plus de visibilité pour choisir le chemin adapté. J’ai toujours les garçons auprès de moi qui m’ouvrent le chemin et me déconseillent parfois de les suivre ! 

Je n’ajouterai qu’une seule glissade au compteur, rattrapée par les chaines. Comme quoi, il ne faut vraiment pas suivre les chaines de trop près. 

Avant d’attaquer la dernière grande descente (500m de d-), on peut apercevoir Lysebotn en contrebas et les camions garés sur le parking. Ouf on y est bientôt !

Je laisse les chaînes de côté et entame une descente en faisant de petits lacets sur la roche. C’est bien plus facile pour moi que d’y aller en marche arrière en me tenant à la chaîne sans savoir ce qui m’attend derrière. 

Après 6h de marche, 11km et de nombreuses larmes, je termine enfin cette randonnée. Les 800 mètres de dénivelé n’ont pas été le plus dur dans cette randonnée. Ce qui la rend difficile est cette partie technique, surtout avec une météo telle qu’aujourd’hui ! J’imagine que par grand soleil doit être beaucoup plus facile : plus d’accroche et de visibilité. Néanmoins, je suis fière de moi car j’ai été jusqu’au bout et j’ai largement dépassé ma zone de confort !


Infos pratiques pour Kjerag

Kjeragbolten

11km 

D+800 m

6-10h

Comment s’habiller ?

Malgré les 4 degrés annoncés au sommet, nous n’avons pas eu trop froid. Je te conseillerai de prendre sur toi ceci : maillot mérinos, polaire chaude, k-way, pantalon chaud, chaussures de randonnée gore-tex, bonnet et gants.

Les bâtons de rando m’ont été parfois utiles mais plus souvent encombrants, je ne pense pas qu’il y en ai nécessairement besoin. 

Randonnée accessibles pour les chiens.

Quelles est la meilleure période pour y aller ?

L’accès en hiver est déconseillé sans guide. Au mois de juin, nous avons du traverser plusieurs partie du sentier dans la neige. 

Vérifie régulièrement la météo sur Yr et ne montes que s’ils annoncent un temps correct. Autrement, tu risquerais de ne rien voir au sommet.

Chaque matin à 6h, un bulletin météo avec un avis favorable ou défavorable est publié sur cette page Facebook « Kjerag tourist information »

Tu peux aussi envoyer un petit message si tu as une question précise, la réponse est rapide.

Tarif du parking

Le parking est à 300NOK soit environ 30 euros pour la journée. Si tu restes moins de 2h30, le tarif est de 80 NOK. C’est surtout utile pour les clients du restaurant panoramique sur le parking 

Tu as la possibilité de garer le van 5km plus en haut si tu es motivés et souhaites économiser quelques euros. Tu les retrouveras sur P4N. Nous n’avons pas pu faire ainsi car début juin, la route était encore enneigée et donc inaccessible.

N’hésites pas à me laisser un petit commentaire pour me dire si cet article t’a aidé, été utile ou même si tu as d’autres questions !

2 commentaires

  1. Merci merci beaucoup pour les astuces et pour livrer au sincèrement ton ressenti !!
    C’est le meilleur article lu sur le sujet et les photos sont juste ouf !!
    Pour nous c’est dans trois semaines

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